Circassiens

Bien qu’il cultive une forme de marginalité qui fait penser qu’il se trouve « hors du monde », le cirque classique reste un spectacle bien actuel. Au fil des générations qui se suivent sans se ressembler, un reste du passé demeure, des marques de filiation perdurent et la tradition n’est pas oubliée, elle a simplement changé de sens : pour Valérie Fratellini, elle est devenue à la fois « un héritage spirituel » et « une odeur particulière ».
L’évolution des cirques traditionnels est un processus lent et fragile car il touche tous les niveaux : lorsqu’un des termes se modifie, les autres évoluent et le changement de pratique artistique correspond à une modification générale dans la manière de voir, de dire, dans la manière de travailler et de vivre. Il marque le passage d’une pratique rituelle, d’une célébration collective, récréative mettant en jeux le corps et la nature, vers une production créative et artistique, individualiste, mêlant illustration et discours, prévue pour un public précis. Dans ce passage d’une « tradition vivante » à une « tradition mise à distance », la tradition peut être évoquée ou imitée mais elle a perdu son sens et elle n’est plus intégrée dans le vécu.
« C’est dans la mesure où un élément d’individualisation s’introduit dans la production artistique que, nécessairement et automatiquement, la fonction sémantique de l’œuvre tend à disparaître, et elle disparaît au profit d’une approximation de plus en plus grande du modèle, qu’on cherche à imiter, et non plus seulement à signifier »  Claude Lévi-Strauss, 1961.